Retour de voyage

Me voici de retour en pays beaujolais après trois semaines à cheminer en territoire indien…
Comment traduire en quelques mots un voyage en Inde ? On en revient toujours le cœur renversé et l’âme chamboulée, à l’envers.
La beauté des vastes paysages et des Palais des Maharajas, la grandeur du somptueux Taj Mahal, les chemins de Bouddha, les rituels sacrés au bords du Gange, la misère au coin d’une rue, puis d’une autre, qui vous transperce, les enfants qui jouent avec un rien, le sourire éclatant des hommes, les odeurs d’encens et d’épices, le bruit incessant des voitures, des klaxons et du tumulte de la rue, les prières aux Dieux et les offrandes fleuris, les saris colorés des indiennes si belles, les peintures sur les murs des havelis, les mosaïques des City Palace, le désert du Thar avec ses maisons fragiles, la foire de Pushkar et ses milliers de dromadaires, les éléphants peints, les kilomètres de fils électriques dans le ciel des villes et les singes qui s’y balancent, les nuages de poussière, les camions Tata recouverts de dessins et peintures figuratives, Bénarès et la Mort qui brûle puis qu’on noie, la vie qui s’en vient et la vie qui s’en va, les trains de nuit qui vous bercent lentement, une image usée de Gandhi accrochée à un mur, les vaches sacrées qui investissent tout le pays, des sculptures érotiques sur un temple, un feu d’artifice le soir de Diwali, les palais flottants sur des eaux calmes, les lépreux, les mendiants et les fous qui s’accrochent à vos yeux, les larmes, un temple dédié à des milliers de rats, un enfant qui joue au cerf volant sur le toit d’une maison… Tout, vraiment tout en Inde est étonnant, bouleversant, même dans les choses les plus infimes et inattendues.
Il me semble qu’on retrouve ici quelque chose que l’on aurait perdu, un morceau de soi oublié ou qu’on ne connaissait pas encore. On recolle les morceaux, on se consolide et on grandit un peu plus.
Et les images s’entrechoquent pour mieux rentrer dans nos mémoires… Des petits trésors à soi qu’on pourra appréhender le jour où l’on en aura besoin.

« Ce jour-là, j’ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s’en trouverait changée.
Mais rien de cette nature n’est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr. »
Nicolas Bouvier. « L’usage du monde »

Images © Christophe Renoux

9 Commentaire(s)

  1. sublime! merci!

    cristiana | Déc 7, 2012 | Répondre

  2. J’ai pensé à vous deux bien souvent pendant ces semaines en imaginant la beauté et la force de votre voyage…
    J’ai hâte de voir tes futurs créations…!et un peu plus de photos.Bises.

    Annie | Déc 7, 2012 | Répondre

  3. Bonjour Christophe,
    Bravo pour ce périple !
    Tu sais que je connais bien ce pays aussi et tu as marché sans doutes dans les lieux que j’ai sillonné et adoré.
    J’espère que nous pourrons échanger nos points de vues très vite.
    A très bientôt,

    Jean luc

    Jean Luc Mege | Déc 7, 2012 | Répondre

  4. Images sublimes, jolis mots qui résonnent, regards si profonds …
    Ce « morceau de soi oublié » que tu évoques, n’est-ce point notre âme ? … âme que nous oublions si souvent dans le vacarme de nos vies empressées et futiles.
    Descendre en soi pour y retrouver le calme, la vérité première afin de s’élever en conscience. Quel beau voyage !
    Vivement de découvrir « les petits trésors » qu’il va t’inspirer.
    Merci pour ce partage
    F.

    Françoise | Déc 7, 2012 | Répondre

  5. Un immense merci pour ces précieux articles, perles d’un long collier à égrener : la beauté et l’intelligence au secours de « cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut apprendre à côtoyer ».

    Sandrine | Déc 7, 2012 | Répondre

  6. Tant de beauté et de nombreux souvenirs me reviennent « en plein coeur » Merci Christophe pour ce partage d’emotion. Bienvenue à Ternand. Je t’embrasse Domi

    Dominique | Déc 8, 2012 | Répondre

  7. Un grand MERCI de nous faire partager les premières photos de votre beau voyage, c’est vrai qu’on a souvent pensé à vous, en ces jours gris et froids…Vivement qu’on en parle de vive voix!
    en attendant, on rêve…
    Maryvonne et Gérard

    dublassy | Déc 8, 2012 | Répondre

  8. Merci pour ce partage, je sens que tu as trouvé de quoi t’inspirer encore et encore, couleurs, regards, paysages…On attend de voir. Bises et bon retour au froid !

    guet desch | Déc 10, 2012 | Répondre

  9. Merci à vous tous pour ces commentaires…
    Cristiana, de rien, c’est un plaisir pour moi de partager ces images.
    Annie, j’ai pensé à toi bien souvent devant ces sculptures de Bouddha et les lieux fabuleux où il est passé, de quoi t’inspirer pour des mois durant.
    Jean-Luc, bien sûr je sais que tu connais l’Inde (n’es-tu pas parti avec un carnet de voyage fabriqué de mes mains !?), et tu as fait des clichés extraordinaires de ce périple. J’attends avec impatience d’échanger avec toi de nouveau.
    Françoise, oui c’est peut-être notre âme qu’on retrouve là bas, ou bien quelque chose d’évanoui qui revient face au tumulte de la vie indienne. Une conscience égarée…
    Merci Sandrine pour vos compliments si élogieux !
    Dominique, la vie reprend son cours, mais avec des images plein la tête et cela fait du bien, et un beau retour coloré.
    Maryvonne et Gérard, heureux d’avoir le pouvoir de faire rêver. C’est beau !
    Nathalie, je rapporte dans mes valises et dans mon cœur de quoi être inspiré pour bien longtemps. Attendre de digérer tout ça et d’en faire quelque chose à la hauteur de mes souvenirs.

    Christophe Renoux | Déc 20, 2012 | Répondre

Poster un Commentaire