La Comtesse de Castiglione

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Voilà une femme exceptionnelle, artiste visionnaire d’une incroyable modernité, mais incomprise en son temps. On salue aujourd’hui son oeuvre artistique, singulière et prémonitoire.

Juillet 1856, la jeune Comtesse de 19 ans pousse la porte du célèbre atelier qui photographie les gens du monde, Mayer & Pierson. Elle reviendra régulièrement se faire tirer le portrait durant 40 ans.
Femme sans doute la plus photographiée de son temps, on sait qu’en 1913, Montesquiou possédait 434 clichés. Il fut ébloui par sa célèbre beauté :
« Je n’oublierai jamais l’émotion qui s’empara de moi le jour où j’appris qu’une femme vivait derrière les persiennes constamment closes d’une certaine encoignure de la place Vendôme et que cette femme était celle dont le nom était synonyme de beauté ».

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La photographie de mode n’existait pas encore et la comtesse de Castiglione invente le genre en se mettant en scène. Elle n’est pas un modèle passif, elle célèbre elle-même son image, de façon inventive, avec des poses inattendues, des vêtements qu’elle dessine et qu’elle crée, des accessoires qu’elle choisit avec grand soin, mettant en valeur son corps et bousculant sans complexe les codes de l’époque pour sublimer son image.

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Un jour elle lance au photographe :
« Avez-vous bien conscience de ce que Dieu accomplit pour vous en vous faisant le collaborateur de la plus belle créature qui ait existé depuis le commencement du monde ? »
Elle donne un titre à chaque photographie. Sous l’un de ses portraits, en 1861, elle copie ces deux vers :
« En voyant la Douleur si belle, Qui pourrait vouloir du Bonheur ? »

Dans les années 1880, elle sombre dans l’anonymat et la neurasthénie, elle s’enferme dans son hôtel situé au 26 de la place Vendôme et ne sort que la nuit, pour ne pas qu’on voit ce que le temps a fait subir à sa beauté.

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Elle finit pas détruire tous les miroirs de son appartement, mais continua de « célébrer chaque jour les funérailles de sa beauté » en posant devant l’objectif.
Alors que personne ne pouvait la voir à la lueur du jour, seuls les photographes avaient droit de regard sur la progression de la vieillesse sur son visage et son corps.
Elle mourut en 1899, à l’âge de 62 ans, et fut inhumée au cimetière du Père Lachaise.

Ces moments de pose n’étaient-ils pas l’essence même de sa vie ? Ne voulait-elle pas tout simplement rendre immortel ce qu’elle avait de plus
précieux, sa beauté, qu’elle voulait ériger au rang d’œuvre d’art ?
A son époque ce comportement était choquant. Serait-il perçu de la même manière aujourd’hui ?
On pense à Cindy Sherman et ses autoportraits obsessionnels, et au travail de Sophie Calle, entre autres…
La comtesse de Castiglione, n’était-elle pas tout simplement en
avance sur son temps ?

Un livre magnifique retrace son parcours photographique avec 130 clichés.

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Rose Valland. Capitaine Beaux-Arts

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Une bande dessinée sur Rose Valland dont je retraçais le parcours il y a quelques jours.
La première partie de l’album retrace en bande dessinée la vie de Rose Valland, la deuxième partie est une chronologie détaillée et richement illustrée de photos et documents inédits de l’époque.
Un livre pédagogique et passionnant, indispensable pour la nouvelle génération et pour le souvenir de Rose Valland, injustement méconnue.

Le site de l’éditeur : ICI

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Frida Kahlo intime

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Depuis 10 ans, les romans et biographies sur Frida se multiplient comme des petits pains. J’en ai lu quelques uns et voici les deux qui sont à mes yeux essentiels à la compréhension du personnage.

Un livre de Le Clézio « Diego et Frida » datant de 1993, nous entraine dans l’art et la révolution, la rencontre d’un couple mythique, hors du commun. Deux biographies réunies qui nous fait passer de l’un à l’autre, avec comme toile de fond le Mexique et ses actualités. Le travail de muraliste de Diego, les souffrances de Frida, la rencontre avec Trotski, le voyage en Amérique… Un amour infini pour l’autre qui se traduit en peinture, avec deux styles éloignés mais pourtant tellement complémentaires.
Dans l’écriture de Le Clézio, qui connait bien son sujet, on sent la fièvre, les odeurs, les passions, les tourments, et l’amour immense de ces deux artistes révolutionnaires. Une grande épopée, pour voyager un peu, beaucoup, passionnément…

Le second, « Frida Kahlo par Frida Kahlo » est paru en 2007, à l’occasion du centenaire de sa naissance.
Des lettres écrites de sa main pendant trente années de sa vie, de 1922 à 1954, adressées à nombre de personnages publics tels Diego Rivera bien sûr, mais aussi le compositeur Carlos Chavez, le poète Carlos Pellicer, Abby Rockefeller, Ella et Bertram D. Wolfe ou encore Nikolas Murray.
Pourquoi son œuvre est violente et passionnée ? Comment expliquer Frida Kahlo ?
Et bien tout est là !
Pour la comprendre réellement, entrer dans son intimité, lire ses propres mots, francs, directs et bruts. Lire les souffrances abominables, les tortures d’un corps mutilé, les amours enflammées, les combats et ses convictions pour la politique Mexicaine, pour sa peinture.  A lire comme un journal intime puisqu’il n’y a pas de réponse à ces lettres.
C’est émouvant et poignant, comme sa peinture, comme son regard…

Narcisse et Goldmund

yasmineLa vente de ce tableau m’a fait parler du livre peint entre les mains de cette « Yasmine » : Siddharta, Hermann Hesse.
Mais c’est d’un autre livre du même auteur dont j’aimerais parler aujourd’hui, Narcisse et Goldmund. Livre qui m’a profondément marqué il y a bien des années, à un moment d’égarement où je cherchais quelques réponses.
Le thème de la dualité entre sensualité et spiritualité, le corps et l’esprit. Un livre pour aller à la rencontre de soi-même, sans heurt et avec légèreté, dans la beauté des mots.

Petit résumé :
Moyen Age. Le jeune Narcisse est calme, brillant, sage et philosophe. Sa vie s’écoule au couvent de Mariabronn, où il enseigne à de jeunes garçons. Il représente la règle, le savoir théologique et la méditation.

Son élève Goldmund, jeune et beau comme un archange est torturé, intelligent, et troublé par sa nature qu’il n’arrive pas encore à maîtriser. Bien qu’il ne soit pas fait pour la vie monacale, Narcisse décèle en lui une nature d’élite.
Malgré l’incomparable amitié qui lie les deux hommes, le novice quitte le monastère pour se livrer à la vie dévorante qui hante ses rêves. Découvrir le monde et ses plaisirs, et se découvrir lui-même. Chaque rencontre est une étape, une épreuve ou le Bien et le Mal se côtoient.
Son esprit candide et généreux se révolte contre l’injustice et la cruauté de l’Homme, et seul l’Art et la Création trouvent grâce à ses yeux.
Renoncer à la plénitude de l’existence, à sa Liberté et à la Création lui est impossible. Seule fidélité : Narcisse, son ange bienveillant, qui dans son amour désintéressé l’avait conduit vers cette introspection.
Ce roman, ode à la vie fugitive et à la quête du Beau est riche en réflexions sur le sens de la vie, et peut se lire comme un roman d’aventure à travers l’Allemagne du Moyen-Age ou comme un roman initiatique.
Narcisse et Goldmund, une émotion pure qui reste intacte dans ma mémoire…
Le genre de livre qui se révèle à vous quelques temps après pour déverser toute sa puissance, et qui, lorsqu’il trouve enfin écho dans votre esprit, telle une soudaine illumination, peuvent vous bouleverser.

Lire la 4eme de couverture du livre :
Continuer la lecture de Narcisse et Goldmund

Voyage voyage…

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Je viens de lire un article sur Nicolas Bouvier, écrivain et voyageur, ou bien était-il voyageur avant d’être écrivain ?
Une de ses phrases résonne comme en échos à ce que je ressens en ce moment en cherchant à travailler sur d’autres chemins de création (et qui va si bien avec le nom de mon blog !) :
 » Lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises, et c’est alors, mais alors seulement, que le voyage commence. »

Voici quelques phrases issues de ses écrits , que je trouve fort belles :

« Je suis curieux de voir qui du pays ou de moi aura le plus changé. » Chronique japonaise.

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » L’usage du monde.

J’illustre ce post avec 2 pages de mon carnet de voyage au Ladakh. Voyage qui m’a défait pour mieux renaitre.

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Porte-Bonheur…

Je cherchais depuis quelques temps un texte pour accompagner ce tableau appelé « Porte-Bonheur ».
Et puis le hasard, celui qui fait si bien les choses, me l’a apporté ces jours, un grand merci à sa messagère.
Voici les mots si beaux de Pablo Neruda, pour illuminer votre journée, et les suivantes…

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Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les cœurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !

Risque-toi aujourd’hui !

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement !

Ne te prive pas d’être heureux !

Pablo Neruda

Les roses de Saadi

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LES ROSES DE SAADI

J’ai voulu ce matin te rapporter des roses;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Lectures

En ce moment, je relis les « Lettres à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke.
Comme j’aime beaucoup ce livre, c’est l’occasion de le placer dans le tableau que je suis en train de terminer. (Si si, je termine enfin un tableau!)
Le personnage principal reçois une lettre… Serait-ce le jeune poète?

Ce n’est pas le première fois que je peins mes lectures du moment dans un tableau en cours.
Il y a eu « La petite fille de monsieur Linh » de Philippe Claudel, « Une saison en enfer » d’Arthur Rimbaud etc…

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« Une œuvre d’art est bonne si elle née de la nécessité. C’est dans la nature de son origine que réside sa valeur : il n’en est pas d’autre. C’est pourquoi, cher Monsieur,  je n’ai su vous donner d’autre conseil que celui-ci : cherchez en vous-même et sondez les profondeurs d’où jaillit votre vie ; c’est à sa source que vous trouverez la réponse à la question de savoir si vous devez créer. Acceptez-la comme elle sonne, sans l’interpréter. Peut-être se révèlera-t-il que vous êtes appelé à être artiste. Alors prenez sur vous ce destin, et portez son fardeau et sa grandeur, sans jamais demander quelle récompense pourrait venir du dehors. Car celui qui crée doit être pour lui-même un univers, doit tout trouver en lui et dans la nature à laquelle il s’est attaché.
Mais peut-être devrez-vous, après cette descente en vous-même et dans votre solitude, renoncer à devenir poète (il suffit, comme je l’ai dit, de sentir que l’on pourrait vivre sans écrire pour qu’il ne soit plus du tout donné de le faire). Mais même alors ce recueillement que je vous demande n’aura pas été vain. Votre vie trouvera alors de toute façon ses propres voies, et qu’elles soient bonnes, riches et larges, je vous le souhaite plus que je ne puis le dire. »

Extrait de « Lettres à un jeune poète » de Rilke.

Camille

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Lettre de Camille Claudel à Rodin.

« Monsieur, ce sont des heures de travail, des heures d’interrogation, des heures où mon âme a brûlé.
Pendant que vous mangiez, rigoliez, pendant que vous vous bâfiez de la vie, j’étais seule avec ma sculpture, et c’est ma vie qui se coulait peu à peu dans cette glaise, mon sang que je laissais s’enfouir au plus profond, mon temps de vie… »

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Le Roi Arthur

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SENSATION

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue:
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien:
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud