Autoportrait

Fascinants autoportraits…
Comment se représenter, quel cadrage, quelle attitude avoir, quelle histoire (se) raconter, etc… ?
On trouve souvent des autoportraits nus, comme si le vêtement parlait trop, et empêchait le regard du spectateur de se plonger vraiment vers le sujet photographié. Le corps débarrassé de tout code d’appartenance.

Ici, curieuse façon de se mettre en scène, mais le geste est beau…
Autoportrait de l’artiste Bruce Nauman, en 1966.

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Hippolyte Bayard

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1840. Pour la première fois un photographe se représente nu, et dans une mise en scène.
Hippolyte Bayard se montre en noyé, abandonné à la morgue (lire ci-dessous le texte explicatif se trouvant au dos de la photo) pour dire la tragédie de son désespoir, ne pas être reconnu pour ce qu’il vient d’inventer.

Allégorie de la solitude de l’artiste et du créateur ?

Hippolyte Bayard naît dans l’Oise en 1801. Il gagne Paris où il suit une formation artistique puis s’intéresse aux procédés de reproduction photogénique.
En 1839, il met au point un procédé qui lui permet d’obtenir directement des images positives sur papier, à l’aide de chlorure d’argent. Principe des pellicules Polaroïd actuelles.
Sa découverte du positif direct apparaît comme une alternative au daguerréotype qui est en plein essor. Mais Bayard ne peut obtenir la reconnaissance officielle de l’académie des Sciences, ni celle des savants et de la presse. D’où sa déception, et cette photographie en noyé suicidé.
De façon très habile, il détourne ici à son avantage les inconvénients de la technique photographique. La durée d’exposition étant très longue, (entre 30 minutes et 2 heures !) Bayard se représente mort, appuyé contre une colonne, lui permettant ainsi de garder l’immobilité nécessaire pour sa prise de vue.

Pour l’histoire, Bayard finira par obtenir la reconnaissance de l’académie des Beaux-Arts et déposera son brevet à l’académie des Sciences, fin 1839.
Il meurt en 1887, oublié de tous.

Voici le texte qu’il écrivit au dos de cette photo :

« Le cadavre du Monsieur que vous voyez ci-derrière est celui de M. Bayard, inventeur du procédé dont vous venez de voir, ou dont vous allez voir les merveilleux résultats. A ma connaissance, il y a à peu près trois ans que cet ingénieux et infatigable chercheur s’occupait de perfectionner son invention.
L’Académie, le Roi et tous ceux qui ont vu ses dessins que lui trouvait imparfaits, les ont admirés comme vous les admirez en ce moment. Cela lui a fait beaucoup d’honneur et ne lui a pas valu un liard. Le gouvernement, qui avait beaucoup trop donné à M. Daguerre, a dit ne pouvoir rien faire pour M. Bayard et le malheureux s’est noyé. Oh ! Instabilité des choses humaines ! Les artistes, les savants, les journaux se sont occupés de lui pendant longtemps et aujourd’hui qu’il y a plusieurs jours qu’il est exposé à la morgue, personne ne l’a encore reconnu, ni réclamé. Messieurs et Dames, passons à d’autres, de crainte que votre odorat ne soit affecté, car la tête du Monsieur et ses mains commencent à pourrir, comme vous pouvez le remarquer. »

Juliette Binoche, Portrait in-eyes

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Juliette Binoche sait tout faire, et elle le fait bien, à chaque fois.
Elle est actuellement en tournée avec un spectacle de danse en compagnie d’Akram Khan, appelé « In-I », elle expose ses encres sur papier représentant 34 portraits de réalisateurs avec lesquels elle a tourné, et en correspondance, 34 autoportraits des personnages qu’elle a incarnés auprès d’eux. Un livre a été édité, comportant ces 68 portraits et les lettres adressées aux cinéastes, intitulé « Portraits in-eyes ».
Avec ses mots et sa sensibilité, elle nous parle de son travail de peintre.
Parmi ses paroles, cette phrase que j’aime particulièrement : Se désobéir à soi-même pour se réaliser en tant qu’artiste.
Lumineuse Juliette Binoche…

Travail sur soi

Aujourd’hui, je fais un travail sur moi. Travail graphique cela s’entend !
La photographie originale très malmenée comme je l’expliquais hier, sera installée dans un petit cadre de cagette peint. Autour, des petites cases où viendront s’intégrer des mots et des dessins en rapport avec l’image centrale.
Après de longs mois de recherches, je crois avoir trouver enfin la meilleure façon de présenter ces autoportraits.
On s’éloigne de la peinture dites-vous ? Oui, mais la future exposition portera bien son nom, « Vagabondage »…
Des recherches en tout genre, de nouvelles matières, de nouveaux thèmes et tout ce qui me fait plaisir à travailler, et qui m’inspire, c’est à dire beaucoup de choses !
Pourquoi des autoportraits ? C’est très simple, parce que je n’ai que moi sous la main pour poser ! Envie depuis longtemps de travailler la photographie.
(J’en profite pour créer une nouvelle catégorie sur ce blog, celle des autoportraits, dans la peinture, comme dans la photographie. A suivre…)
Ci-dessous, le premier montage en cours, ainsi qu’une photo brûlée qui trempe dans mon bocal d’eau…

narcisse

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